Canal de Cazilhac avec ses jardins et ses meuses (roues élévatrices de l’eau), près de Ganges (Hérault)
Ph. Thierry Ruf, 2021
Irriguer, c’est amener de l’eau aux cultures quand la pluie ne suffit pas. Cela permet de sécuriser les récoltes, de stabiliser les rendements et parfois de produire des excédents.
Manoeuvre de vanne martelière, à Prades (Pyrénées-Orientales)
Ph. Jean-Yves Quinette, 2022
Le climat méditerranéen est contrasté :
Dans le Briançonnais, on capte les torrents issus des glaciers, même s’il faut les chercher plus loin. En Provence, la Durance, rivière glaciaire, alimente l’ensemble du réseau. Ces systèmes témoignent d’une fine connaissance du territoire, de ses ressources et de ses cycles naturels.
Les communautés ont su, avec les moyens de leur époque, organiser l’eau sur des distances parfois considérables.
Nettoyage prise d’eau (ASA SML -07)
Ph. Agnès Hocquet, 2024
L’irrigation gravitaire a profondément modelé les territoires.
Les canaux ont permis de :
Construire, entretenir, coordonner. Cela demande du temps, de la main-d’œuvre, de l’entente. Depuis des siècles, les habitants ont investi ces systèmes avec patience et ingéniosité. Ils ont bâti des canaux, partagé des règles et transmis leur savoir.
Cette irrigation gravitaire repose sur une organisation sociale forte, des normes implicites et une vision collective de la ressource. C’est un héritage technique, mais aussi culturel.
Bealas – mise en eau printemps – Vallouise
Ph. Anne-Lise Adisson, 2024
Au-delà de la construction des canaux visibles dans le paysage, l’irrigation gravitaire mobilise des gestes précis dans chaque parcelle :
Niveau à canaux – d’après ancien Les Vigneaux
Ph. Anne-Lise Adisson, 2024
L’eau entre dans la parcelle via une prise d’eau, installée sur le canal principal ou le torrent. L’irrigant accompagne ensuite son cheminement :
Ces aménagements sont indispensables, notamment pour les cultures annuelles, plus exigeantes et sensibles au stress hydrique. Mais l’objectif ne se limite pas à irriguer uniformément la parcelle. Le cœur du système repose sur un principe partagé : utiliser l’eau pendant le temps imparti, et rien de plus. Ce temps d’arrosage est défini à l’avance, dans ce qu’on appelle le « tour d’eau ». Ce tour d’eau, discuté et validé collectivement, fixe la répartition de l’eau entre les usagers : qui arrose, à quel moment, et pendant combien de temps. Dans certains territoires, comme ceux où s’applique le système dit des « trois huit », la journée d’irrigation est divisée en trois plages horaires : nuit, matin et après-midi. Chaque irrigant dispose alors d’un créneau précis, selon un rythme cyclique, annuel ou triennal selon les usages locaux.
Canal du Mourtis – corvée – Ste Marie de Campan
Ph. Anne-Lise Adisson, 2024
Travaux de rénovation 2 d’un vieux canal, à Los Masos (Pyrénées-Orientales)
J.Y.Quinette (2025)